Il y a toujours un moment, au début du mois de septembre, où l’on comprend que l’été commence doucement à s’éloigner. Les journées restent belles, les terrasses encore accueillantes, mais la lumière décline plus vite et les soirées réclament parfois une veste légère que l’on n’aurait même pas envisagée quelques semaines plus tôt. C’est souvent à ce moment-là que la plancha, pourtant encore parfaitement utilisable, commence à être regardée comme un souvenir de vacances plus que comme une promesse de dîner. Ce serait pourtant dommage de rentrer si vite.

L’arrivée de l’automne n’oblige pas forcément à refermer les portes du jardin, à ranger les grandes tablées et à abandonner ce goût très estival pour les repas pris dehors. Elle peut même être l’occasion de changer légèrement de décor et de prolonger autrement ces habitudes prises pendant les beaux jours. C’est précisément ce que permet le brasero, devenu en quelques années bien plus qu’un simple équipement de cuisson extérieure. Là où la plancha évoque spontanément les déjeuners rapides, les poissons grillés, les légumes saisis et les soirées lumineuses du mois d’août, le brasero appartient déjà à une autre atmosphère. Il conserve le plaisir de cuisiner dehors, mais y ajoute quelque chose de plus chaleureux et presque plus enveloppant. Le feu n’est plus seulement là pour cuire, il participe pleinement au moment, attire les regards et devient naturellement le point autour duquel les conversations se prolongent. C’est sans doute ce qui explique une partie de son succès. Dans sa version la plus contemporaine, le brasero est souvent constitué d’une vasque centrale entourée d’une large plaque de cuisson sur laquelle chacun peut venir déposer une pièce de viande, quelques légumes, du poisson ou même simplement du pain à griller. La cuisine devient ainsi beaucoup moins formelle et presque collective, chacun s’approchant du feu, échangeant un conseil ou surveillant une cuisson, sans que personne ne soit véritablement enfermé dans le rôle du cuisinier.Prolonger l’été autour du feu

On est assez loin de l’image traditionnelle du barbecue relégué au fond du jardin, autour duquel une seule personne finit par passer une grande partie de la soirée. Le brasero, lui, se montre et s’assume. Certains modèles sont devenus de véritables objets de décoration extérieure, avec des lignes très travaillées, des socles en acier ou en corten et des dimensions pensées pour s’intégrer sur une terrasse aussi naturellement qu’un beau mobilier de jardin. Pour autant, l’intérêt du brasero ne se résume pas à son esthétique. Il tient surtout à ce qu’il permet de conserver, quelques semaines supplémentaires, cette sensation précieuse d’un été qui ne serait pas encore complètement terminé. Un dimanche de septembre, après une partie de golf, lorsque le soleil descend mais que personne n’a véritablement envie de rentrer, il suffit parfois d’allumer le feu pour que la journée change de rythme. On prépare quelques produits sans chercher à construire un dîner sophistiqué, on ouvre une bouteille et l’on profite simplement du plaisir d’être encore dehors. Le parallèle avec le golf existe d’ailleurs moins dans le geste que dans cette manière de savourer le temps. Une partie entre amis se termine rarement au dix-huitième green. Elle se poursuit au club-house, autour d’un verre ou d’un déjeuner, parce que l’essentiel tient autant à ce qui entoure le jeu qu’au jeu lui-même. Le brasero fonctionne un peu de la même façon, il prolonge naturellement un moment que personne n’a très envie de voir se terminer. Lorsque les températures commenceront vraiment à baisser, il sera toujours temps de retrouver la cheminée et les dîners à l’intérieur. Mais entre la plancha des grandes soirées d’été et les premiers feux de l’hiver existe désormais cette saison intermédiaire où l’on peut encore cuisiner dehors, profiter du jardin et regarder les flammes éclairer les visages.

L’automne peut bien arriver. Il n’est finalement pas nécessaire de lui ouvrir la porte trop vite.