Lorsque l'on évoque le Maroc golfique, les noms de Marrakech, Agadir ou Rabat surgissent presque immédiatement. Pourtant, à l'extrême nord-est du royaume, au bord de la Méditerranée, une autre destination mérite largement le détour. Moins connue, plus discrète, parfois même absente des radars des golfeurs européens, Saïdia cultive précisément ce qui fait aujourd'hui sa force, une forme d'authenticité. Tout commence à l'aéroport d'Oujda. Quelques formalités, les clés d'une voiture de location en poche, et déjà la route s'ouvre devant moi. Une cinquantaine de minutes plus tard, les paysages changent progressivement. Les reliefs s'adoucissent, la lumière se fait plus intense. Puis apparaît la Méditerranée.

Longue de plusieurs kilomètres, la plage de Saïdia semble ne jamais vouloir s’arrêter. Ici, l'ambiance est différente. Certainement plus paisible. Plus familiale aussi. Le bleu de la mer répond au bleu du ciel dans une continuité presque parfaite. C'est dans ce décor que s'est développée Saïdia Mediterrania, une vaste station balnéaire où le golf occupe une place centrale. Premier rendez-vous de ce road trip, le Golf Lacs de Saïdia. En arrivant, on croise Chakir, le directeur au sourire communicatif, qui nous donne quelques conseils sur la partie à venir.

Dès les premiers trous, le ton est donné. L'eau est partout. Elle accompagne le joueur, le rassure parfois, le menace souvent. Dessiné par l'architecte espagnol Francisco Segalés, le parcours revendique clairement son inspiration américaine. Les fairways sont généreux, les lignes de jeu lisibles, mais chaque erreur de trajectoire peut rapidement se transformer en pénalité.

Ce qui frappe surtout, c'est l'équilibre général du parcours. Accessible pour les joueurs occasionnels, suffisamment stratégique pour intéresser les plus aguerris, le Golf Lacs de Saïdia ne cherche jamais à humilier le visiteur. Il l'invite au contraire à prendre du plaisir.

Au fil des trous, les plans d'eau se multiplient. Les bunkers encadrent les greens avec précision. Le regard se perd régulièrement vers les montagnes lointaines ou vers les résidences discrètement intégrées dans le paysage. Puis arrive le trou numéro 18. Un final spectaculaire où l'eau semble vouloir récupérer la moindre balle hésitante. On termine sa partie avec une sensation pas si courante que ça, celle d'avoir joué un parcours moderne, ambitieux, mais jamais artificiel. La douceur méditerranéenne Le temps d'une douche rapide et la journée prend une autre direction. À quelques minutes seulement du golf, la marina de Saïdia offre un décor totalement différent. Quelques bateaux se balancent doucement dans le port. Les terrasses s'animent progressivement. Le rythme s’accélère avec les températures qui baissent. La fin de journée s’installe. Face à la mer, un poisson grillé, quelques légumes parfumés aux épices locales et un thé à la menthe suffisent à rappeler que le voyage ne se résume pas au golf. C'est probablement l'une des grandes forces du Maroc avec cette capacité à mêler naturellement les expériences. En quelques heures, on passe d'un parcours de championnat à une terrasse face à la Méditerranée, puis à une promenade dans les rues animées d'une station balnéaire où se croisent familles marocaines, visiteurs européens et habitants de la région.

Le lendemain matin, changement complet d’ambiance. Direction le Golf Teelal. Avec un parcours pourtant situé à moins de dix minutes de celui du Golf Lacs de Saïdia, le contraste est saisissant. Ici, l'eau disparaît presque totalement du paysage. La végétation se fait plus sauvage. Les herbes hautes ondulent sous le vent. Les bunkers semblent avoir toujours été là. Les dunes dessinent naturellement les reliefs du terrain. On retrouve quelque chose des grands parcours côtiers européens. Une forme de dépouillement qui met le golf à nu. Le parcours conçu par Nicolas Joakimides repose sur une philosophie simple, laisser le terrain s'exprimer. Sans rough punitif ni obstacles artificiels omniprésents, Teelal invite à la créativité. Les balles roulent davantage. Les rebonds deviennent imprévisibles. Le vent participe pleinement à la stratégie. Ici, il ne faut surtout pas essayer de jouer contre le parcours. La seule solution est de jouer avec lui. À mesure que la partie avance, une évidence s’impose, Golf Lacs de Saïdia et Golf Teelal ne sont pas concurrents. Ils sont parfaitement complémentaires. Le premier séduit par son aspect spectaculaire et son dessin moderne. Le second par son caractère naturel et sa personnalité singulière.

À eux deux, ils racontent parfaitement ce qu'est devenue Saïdia. Ici, on est dans une destination capable de satisfaire des attentes très différentes sans jamais perdre son identité. En fin d'après-midi, alors que le soleil descend lentement vers la Méditerranée, les couleurs deviennent plus chaudes. Les plages se vident progressivement. Les terrasses se remplissent. Le thé à la menthe remplace la bouteille d'eau du parcours. Les conversations s’animent. Et déjà, une autre étape se dessine. Car l'avantage d'un road trip est qu'il y a toujours une route qui continue. Demain, changement d’ambiance. Les plages méditerranéennes laisseront place à une autre facette du Maroc, avec la découverte d’un nouveau golf qui ne laisse personne indifférent… à suivre.

Texte Guillaume Barnett