Je n’ai pas grandi dans une famille de golfeurs. Chez nous, le golf n’était pas une tradition, encore moins un projet de vie. Mon père jouait un peu pendant les vacances, juste pour le plaisir, et c’est presque par hasard que tout a commencé. J’avais à peine quatre ans et demi quand il m’a mis un club entre les mains. À la base, c’était surtout pour mon grand frère. Sauf qu’apparemment, moi, j’arrivais déjà à taper la balle correctement. Alors on a continué. Au début, c’était juste amusant. Je jouais une ou deux fois par semaine, sans pression, avec simplement l’envie de passer un bon moment. Puis les choses ont commencé à aller vite. À sept ans, j’ai gagné mes premiers petits tournois avec la Ligue de Paris et, peu à peu, les pros autour de moi ont commencé à me dire que j’avais du potentiel. Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai compris que le golf pouvait prendre une place importante dans ma vie. Le vrai déclic reste mon titre de championne de France U12 remporté à neuf ans et demi. Avant ça, je jouais surtout « pour m’amuser ». Après ça, tout est devenu plus sérieux. Pourtant, même aujourd’hui, j’essaie de garder cette sensation du début. Celle d’une petite fille qui découvre un sport un peu par hasard et qui aime simplement voir la balle partir. Parce qu’au fond, malgré les compétitions, les voyages et les objectifs, c’est probablement cette émotion-là qui me fait encore avancer.

Pendant longtemps, mon père a été quasiment mon seul coach. C’est assez drôle parce qu’il n’est pas enseignant de golf et pourtant, depuis le début, c’est lui qui m’accompagne au quotidien. Pour nous, ça a toujours été naturel. On fonctionne comme ça depuis des années. Bien sûr, aujourd’hui, grâce à la Fédération, je travaille aussi avec plusieurs personnes sur le petit jeu, le mental ou encore certains aspects techniques, mais la base reste très familiale. Cette proximité m’aide énormément. Le golf peut être un sport solitaire et parfois épuisant mentalement. Moi, j’ai toujours eu besoin de me sentir entourée. Pourtant, paradoxalement, je suis aussi quelqu’un qui stresse beaucoup. J’aime arriver très en avance avant mes départs, avoir le temps de respirer, de réfléchir, de me préparer tranquillement. C’est pour ça qu’un tournoi m’a particulièrement marquée, le Classic du Prieuré en 2023. Nous étions en retard, j’étais persuadée que j’allais être disqualifiée et j’ai été emmenée directement en voiturette au départ du 1 Normalement, c’est exactement le scénario qui me fait perdre tous mes moyens. Sauf que ce jour-là, j’ai joué mon meilleur score du tournoi… et j’ai gagné. Cette semaine-là m’a beaucoup appris. Elle m’a montré que parfois, le lâcher-prise pouvait devenir une force. Depuis, je travaille énormément le mental. J’essaie d’apprendre à moins calculer, à moins subir le stress. Ce n’est pas encore parfait, mais je sens déjà les progrès et je découvre à quel point cet aspect peut changer une carrière.

Aujourd’hui, je sais que le golf prend une place immense dans ma vie, mais j’essaie aussi de garder un équilibre. Dans quelques mois, je vais partir aux États-Unis rejoindre l’University of Florida. C’est un projet énorme pour moi. J’ai visité le campus, rencontré les coachs, découvert l’ambiance… et j’ai tout de suite adoré. Bien sûr, quitter la France aussi jeune pourrait faire peur, mais je crois que j’ai toujours aimé découvrir de nouveaux environnements. Les voyages, les compétitions internationales, les semaines loin de la maison font déjà partie de mon quotidien. Mon rêve, évidemment, serait de devenir professionnelle et de gagner des majeurs. Mais je sais aussi que le haut niveau est fragile. Une carrière peut basculer très vite, alors les études restent importantes pour moi. J’essaie de garder cette lucidité. Ce qui me motive surtout, c’est la chance que j’ai de vivre tout ça à mon âge. Parce qu’on oublie parfois que derrière les résultats, il y a aussi beaucoup de sacrifices, de fatigue et de pression. Alors quand je coupe un peu avec le golf, je reviens à des choses simples. J’adore regarder le tennis, surtout Roland-Garros, faire de la pâtisserie ou passer du temps avec mes amis. Ce sont des moments essentiels pour respirer. Finalement, je crois que c’est ça qui me ressemble le plus : une fille passionnée, très compétitrice, mais qui essaie malgré tout de rester spontanée, entourée et heureuse dans ce qu’elle vit. 

Texte Guillaume Barnett