Après Saïdia et ses horizons méditerranéens, notre road trip prend la direction de Fès. Quelques centaines de kilomètres seulement, mais presque un changement d’époque. Ici, le golf se glisse dans une ville où l’histoire est partout, sans empêcher la modernité de trouver sa place. Deux parcours, le Royal Golf de Fès et Oued Fès, vont nous le rappeler.

Nous arrivons tard. La route longe l’aéroport avant de filer vers le centre par l’une de ces grandes avenues qui donnent immédiatement la mesure de la ville. Fès est encore animée malgré l’heure, la circulation étonnamment fluide et la température douce. Dans la nuit, on n’en distingue évidemment pas encore tous les détails. Seulement quelques lumières, des silhouettes, une première impression. Suffisamment pour comprendre que la découverte commencera véritablement demain. Notre point de chute est le Royal Mirage, en plein centre-ville. Un hôtel qui ne cherche pas à ressembler aux établissements internationaux interchangeables que l’on pourrait retrouver à Dubaï, Paris ou Madrid. Ici, quelques détails rappellent immédiatement où nous sommes. Une décoration typiquement marocaine, un accueil attentif et ce thé à la menthe que l’on vous propose presque naturellement dans le hall tout au long de la journée. Un détail, peut-être. Mais les voyages tiennent souvent à cela.

À ces petites choses qui, quelques mois plus tard, restent davantage en mémoire que la superficie d’une chambre ou la référence du matelas.

Direction le Royal Golf de Fès. À une dizaine de minutes de la ville, le décor change rapidement. La circulation s’efface, la végétation prend davantage de place et le parcours apparaît au milieu d’un environnement verdoyant marqué notamment par les oliviers. Nous arrivons quelques jours après le passage d’un tournoi du LETAS. Le golf est encore dans cette forme de perfection que la compétition impose parfois aux parcours.

Et la première surprise est là. Tout est vert. Intensément vert. Fairways impeccables, greens préparés, dessin parfaitement lisible, le Royal Golf de Fès nous surprend immédiatement par son niveau d’entretien. On s’attendait à découvrir un beau golf. Sans doute pas à trouver un parcours présenté dans un état aussi remarquable. Le club-house, récemment rénové, conserve pour sa part une architecture très classique. Et c’est finalement assez cohérent avec l’endroit. Il ne cherche ni l’effet spectaculaire ni les codes des nouveaux resorts dessinés pour Instagram. Il assume une certaine élégance traditionnelle, presque institutionnelle, que les amateurs de clubs chargés d’histoire apprécieront probablement davantage que les chasseurs de tendances.

Puis il y a Jaouad. Le directeur du club prend le temps de nous accueillir, de nous raconter son parcours, de nous présenter le golf sans réciter une brochure commerciale. Un personnage chaleureux, disponible, de ceux qui donnent aussi une personnalité à un lieu. Car un parcours n’est jamais seulement une succession de trous. Ce sont aussi les gens qui le font vivre. Et Jaouad nous parle de son trou signature, le 17. Un par 3 comme le golf aime en fabriquer pour tester autant les nerfs que le swing. Une pièce d’eau accompagne le trou sur la gauche et suffit à transformer un simple coup de fer en petit moment de réflexion. C’est spectaculaire sans être artificiel. Suffisamment intimidant pour susciter l’hésitation, suffisamment beau pour donner envie de rejouer la balle. Quelques kilomètres plus loin, Oued Fès raconte une autre histoire.

Le contraste avec le Royal est immédiat. Ici, le golf s’inscrit pleinement dans la ville tout en réussissant à créer sa propre respiration. Des eucalyptus, de vastes espaces boisés, des pièces d’eau et une végétation omniprésente donnent au parcours une identité immédiatement reconnaissable. La ville n’est jamais très loin et pourtant, une fois sur le parcours, elle semble s’effacer. C’est probablement ce qui surprend le plus. Oued Fès possède quelque chose de l’oasis. Non pas l’oasis fantasmée avec quelques palmiers perdus au milieu du désert, mais une véritable respiration végétale insérée dans l’espace urbain. Les fairways serpentent entre les arbres, l’eau accroche la lumière et le paysage intervient constamment dans la perception des trous. Ici, la végétation n’est pas simplement posée autour du golf. Elle participe à son architecture et à son identité. C’est aussi ce qui rend Oued Fès singulier en réussissant à proposer une expérience de golf très végétale sans quitter véritablement la ville. Un golf urbain qui utilise son environnement comme une force plutôt que comme une contrainte.Road trip au Maroc : Fès,  entre histoire et modernité

On comprend alors que ces deux parcours ne se concurrencent finalement pas vraiment. Ils se complètent. Le Royal Golf de Fès joue la carte du parcours classique, installé, exigeant et parfaitement préparé. Oued Fès propose une expérience plus paysagère, plus intégrée à la ville, où arbres, eau et espaces ouverts accompagnent constamment le jeu. Deux façons de jouer. Deux façons aussi de raconter la même destination. Car Fès finit nécessairement par imposer sa présence. Et réduire l’étape à ses deux golfs serait probablement passer à côté de l’essentiel.

Fès est l’une des villes impériales du Maroc, dépositaire de treize siècles d’histoire. Sa médina, Fès el-Bali, appartient au patrimoine mondial de l’UNESCO. Derrière ses portes s’entremêlent ruelles, médersas, palais, souks et ateliers où travaillent encore tanneurs, tisserands, dinandiers, potiers ou artisans du zellige. Ici, le patrimoine n’est pas simplement monumental. Il est vivant. Il se regarde, mais il s’écoute aussi dans les ruelles et se découvre dans les gestes d’un artisan. Il se goûte également. Car Fès possède une véritable identité culinaire, faite de recettes transmises, d’épices, de sucré-salé et de cette cuisine fassie considérée comme l’une des expressions les plus raffinées de la gastronomie marocaine. C’est sans doute cela qui rend l’étape particulière. On peut venir à Fès avec ses clubs dans le coffre et comprendre rapidement qu’il faudra parfois accepter de les laisser quelques heures à l’hôtel. Parce qu’un road trip de golf ne devrait justement pas consister à additionner des parcours avant de reprendre la route. Il doit aussi raconter ce qu’il y a entre deux départs.

À Fès, ce sont des siècles d’histoire, une médina labyrinthique, des savoir-faire, une cuisine, une architecture, des odeurs et une certaine manière de faire cohabiter le passé avec le présent. Et les deux golfs de la ville participent finalement de cette même histoire. Ils montrent qu’une destination profondément attachée à son patrimoine peut également proposer des infrastructures modernes, parfaitement entretenues et capables d’accueillir le golf d’aujourd’hui. Il n’y a aucune contradiction entre les deux. C’est peut-être même tout l’intérêt de cette étape. À Fès, on peut passer de plusieurs siècles d’histoire à un départ de championnat en quelques kilomètres. Boire un thé à la menthe dans le hall d’un hôtel, traverser une avenue animée puis se retrouver quelques minutes plus tard devant un par 3 parfaitement dessiné entouré de verdure.

Voyager avec des clubs de golf n’oblige pas à regarder le Maroc uniquement depuis un fairway. Cela donne simplement un fil conducteur. Une raison supplémentaire de partir, de s’arrêter, de rencontrer et de comprendre.

Nous pensons déjà à demain. Une autre étape se dessine. L’avantage d’un road trip est qu’il y a toujours une route qui continue avec la découverte d’un nouveau golf… à suivre.