En fixant rendez-vous à Benoit Teilleria pour prendre un café, et écouter ses anecdotes, Camille savait qu’elle passerait un bon moment. Ce qu’elle n’avait pas mesuré, c’est qu’une heure trente, ça passe trop vite …
Sévériano Ballesteros
Seve, c’était le maitre. Il était certes impressionnant sur le parcours mais il l’était tout autant en dehors. Un jour de 2006, lors de l’Open de France au National, alors que je le connaissais depuis déjà 3 ou 4 ans, je regarde le tirage au sort et je vois que nous jouons ensemble le lendemain. Au départ, j’ai l’honneur… beaucoup de spectateurs sont là pour le voir et moi, peu habitué à ce monde, je mets mon fer 3 dans l’eau … le speaker l’appelle, et là le public hurle, j’ai du me boucher les oreilles, c’était réellement impressionnant. Bien que plus habitué que moi, ça ne l’a pas empêché de mettre son bois 3 sur le fairway du 9 (rires).
Après la partie, je m’étais engagé à lui faire signer un gant pour la vente aux enchères de Benjamin Etchart et je le retrouve dans sa chambre. Il est sur le lit, en caleçon et tricot de peau, et il me demande de m’asseoir. Et là, j’ai pris une heure trente de débriefing, trou par trou, coup par coup. J’avais eu la chance ce jour là de rentrer un chip sous les yeux du maitre… « il était bien ton chip » m’avait-il simplement dit. À posteriori, ce moment était exceptionnel, nous étions que tous les deux et il a pris le temps de m’expliquer comment lui voyait le jeu, le coup à jouer, comment j’aurai pu l’améliorer. Il était tellement passionné que l’écouter était un vrai plaisir.
La victoire des Boys à Chantilly

En 2019, alors que l’équipe joue plutôt bien, on se qualifie de justesse à la 8ieme place et on doit rencontrer l’Espagne en quart, qui termine première et qui nous avait mis 26 points. A cette époque, je travaille en binôme avec Mathieu Santerre et au cours d’une discussion, je lui raconte comment, alors que j’étais joueur, le père d’Adrian Otaegui m’avait « galvanisé » lors d’une partie d’entrainement à La Nivelle. Ce jour-là, au trou n°11, je jouais, sans un mot, et il m’avait interpellé « Benito, tu n’es pas là, tu n’y es pas ». Il s’était approché de moi, avait attrapé mon regard et m’avait dit « regarde moi dans les yeux et dis moi, 10 fois, con tu tripas y corazon, que tu n’as pas donné un putain de point à ce parcours ! ». Je lui avais dit une fois, deux fois… « non Benito, mas corazon… » et c’est à la 8ième fois, en transe, que je me suis remis à jouer, porté par une force, et jouant à un niveau bien supérieur. Le matin de ce fameux quart de finale à Chantilly, nous partons tous au golf, moi seul dans la voiture de location et Mathieu au volant du minibus avec les jeunes. Arrivé sur le parking, il est tôt, je suis calme, dans la perspective d’une longue journée à venir. Lorsque le bus se gare à coté de moi, les portes s’ouvrent et là je comprends que la journée sera spéciale. La musique est forte, très forte, les jeunes ont les yeux écarquillés, des regards froids et profonds. Mathieu vient me voir et me dit « on va gagner, je le sais ». Se souvenant de mon anecdote avec le père d’Adrian, il m’explique qu’il vient de parler aux jeunes en leur disant « Ici c’est chez nous, personne, personne ne se mettra en travers de notre chemin ». Ce jour là, il a réussi à les galvaniser et les espagnols, pourtant favoris, n’ont pas gagné un match. Je me suis rappelé ma visite du musée de l’Olympisme à Lausanne, et l’inscription de Coubertin, sur l’importance de mettre du coeur et de l’intensité dans ce que tu faisais. Pour tout cela, ces championnats resteront gravés dans ma mémoire par les magnifiques émotions procurées.
Les cartes européennes
Tous ceux qui sont passés par les cartes s’accordent à dire que ce sont les plus grandes émotions, tellement dur mentalement. Mon ami, Antoine Lebouc m’avait dit qu’il avait raté sa saison sur un putt de 1,5 m. Cette perspective hantait mes entrainements et j’imaginais avoir à faire ce fameux putt pour gagner mon droit de jeu. Et une année, j’ai eu ce putt. C’était à San Roque, à mon dernier trou, le 9, ayant commencé au 10, je me retrouve à 80 m, avec l’obligation de faire birdie pour passer. Ce jour là, la remontée du fairway est insoutenable, le coeur est à 10000, plus de salive, tu n’as plus rien, tu ne sens plus rien. Et puis tu te retrouves devant la balle, tu n’as plus qu’une chose à faire, c’est te faire confiance. Mon coup de sandwedge a failli rentrer et le putt pour lequel je m’étais tant entrainé m’a délivré. J’avais mon birdie. Ce fut le moment le plus tendu de ma carrière, une véritable épreuve de torture.
Texte Guillaume Barnett