Greenkeeper, ou plus précisément, Intendant de parcours au Golf de Seignosse, Jean Ruas a une trajectoire exceptionnelle. Comme souvent, les professionnels reconnus sont aussi les plus humbles et les plus discrets. Jean Ruas fait partie de cette famille.
Ce trentenaire, qui a commencé le golf à 8 ans au club de La Nivelle, a toujours voulu travailler dans cet environnement naturel et si particulier que représente un parcours de golf. Plus jeune, il se souvient d’avoir porté un regard admiratif sur Christophe Luro, le greenkeeper historique de son club, tellement ce dernier semblait prendre du plaisir dans sa fonction. Après son bac et une formation de paysagiste, suivie d’une licence pro, Jean a souhaité être un vrai spécialiste dans son métier. Il a pour cela intégré l’école de Dunkerque, dédiée aux métiers du golf. Avec une partie pratique en alternance, plus au sud, sur le magnifique golf d’Opio Valbonne, il a profité de cette période pour découvrir les spécificités de la biodiversité du sud-est, bien loin de celle qu’il connaissait au Pays Basque.
La Ryder Cup 2018, une révélation
En 2015, sans grande difficulté, le premier poste, les premières responsabilités et le voilà adjoint au golf de la Grande Bastide dans lequel il restera 4 ans. Mais la vraie révélation eu lieu en 2018, lors de la Ryder Cup. En visitant le parcours du Golf National, magnifiquement présenté pour cet événement, il a été interpellé par le niveau de préparation permettant de pousser un parcours pour le rendre toujours plus compétitif.
Et c’est à cette occasion qu’il a rencontré Mike O’Keef, et pris la décision de suivre pendant 18 mois la formation de l’Ohio Programme aux Etats-Unis. Cette formation est un must. Elle permet de découvrir une organisation hors du commun, avec des équipes de 70 personnes préparant les parcours pour des événements de renommé planétaire. C’est ainsi que Jean a pu passer une année en stage à Pebble Beach, vivre de grands tournois et même, participer à la création d’un 9 trous dessiné par Tiger Woods. Pour son retour en France, fort de cette expérience unique, son cahier des charges était simple. Ne pas être trop loin de son Pays Basque natal, travailler sur un parcours dont il appréciait le dessin et pour lequel la biodiversité permettait un travail de qualité. Seignosse sonnait alors comme une évidence d’autant plus que le Groupe Résonance avait de gros projets d’investissement. Autant de challenges à relever pour continuer à progresser. C’est ainsi que Jean perçoit son métier. Son plaisir n’est pas, ou tout du moins pas encore, dans la monotonie et le train-train.
Jusqu’à 5 tontes par jour

En 2023, la Ryder Cup en Italie est une forme de consécration lorsqu’il apprend qu’il pourra intégrer les équipes terrain d’Alejandro Reyes et passer une dizaine de jours à Rome en étant au coeur de cet événement. Cette expérience restera un souvenir merveilleux. Le niveau d’exigence était fou avec, par exemple, des capitaines européens qui demandaient des vitesses de roule homogènes et identiques sur tous les greens, ce qui obligeait jusqu’à 5 tontes par jour pour certains. On aura bien compris que Jean Ruas est un homme de challenges. Après avoir participé aux nombreux travaux d’aménagement et d’amélioration sur le golf de Seignosse, la nouvelle réglementation du 0 phyto en 2025 le passionne. Il reconnait cependant que le manque de communication auprès des joueurs peut être inquiétant. En effet, le sud-ouest est un territoire qui bénéfice de conditions climatiques chaudes et humides, favorables aux maladies et aux mauvaises herbes. La nature des fairways et celle des greens va donc obligatoirement en être impacté avec, par exemple, le dollar spot, maladie fongique caractérisé par des taches brunes, qui rendra les surfaces de jeu plus sautantes et moins régulières.
Baisser son niveau d’exigence
Des solutions existent, comme la conversion de flore, ou une meilleure gestion de l’eau, ou encore de rehausser les hauteurs de tonte afin que l’herbe soit plus vigoureuse, et puisse mieux se défendre. Mais cela aura une incidence directe sur le jeu, sur les contacts de balle et sur les vitesses de greens. Il y aura même une forme de saisonnalité selon les régions, et on peut imaginer que jouer au golf dans le sud-ouest, au mois d’août, ne sera plus aussi facile qu’aujourd’hui. Les golfs vont retrouver une forme de « naturel » où le joueur devra s’adapter aux parcours et à la saison. Le joueur devra obligatoirement baisser son niveau d’exigence et se rappeler que le principe fondateur de notre sport est de jouer la balle où, et comme, elle repose. Il est important que tous joueurs et joueuses soient sensibilisés sur ces évolutions pour que les hommes et femmes de terrain ne soient pas couverts de reproches sur l’état futur des parcours. Avec un certain humour, Jean insiste sur la tolérance nécessaire en rappelant qu’en 1907, on prenait déjà du plaisir au golf à La Nivelle, alors même que le terrain était tondu par des brebis.
Le golf va redevenir un jeu où les particularités régionales des terrains, les saisons et les spécificités géographiques vont reprendre une certaine importance. Il sera bien de comprendre qu’entre le terrain de son club et le parcours du tournoi PGA, vu derrière son écran, on ne parle pas tout à fait du même sport. Ce qui finalement est assez logique car, et il faut bien l’avouer, on ne fait pas non plus tout à fait les mêmes scores
Texte Guillaume Barnett