Le golf est un sport étrange, d’une technicité complexe, celles et ceux qui s’y engagent, peuvent être possédés par son exigence, trouver des plaisirs à la réussite d’un coup, à un score, ou à des liens sociaux qu’il procure. Quels que soient son âge, son physique, ses capacités intellectuelles, son psychique plus ou moins tourmentés, chacun y trouvera source de satisfaction ou de désespoir, mais toujours recommencera encore et encore à vouloir atteindre un idéal de score et de performance. Le golf est un sport pour tous. Il est pourtant une différence particulièrement adaptée à la pratique du golf : la différence autistique.

Ernie Els a été l’un des premiers golfeurs professionnels à œuvrer pour l’autisme, son fils étant porteur de cette différence.

En France aujourd’hui, il n’existe à notre connaissance qu’une seule association qui ait orienté ses efforts sur le lien entre golf et autisme, c’est « golf ensemble pour l’autisme », et au Canada « la fondation autisme Laurentides ». Et une seule compétition se joue au profit de l’autisme, c’est la Juris Golf (www.jurisgolf.eu)

En premier lieu la nécessité de la répétition mécanique du swing qui peut être rébarbative et lassante, en sera autrement pour une personne autiste. A l’exemple de Kristofer qui fait du golf un sport de loisir, chiper seul pendant plusieurs heures est vécu comme plaisant, calmant et agréable. Il en sera de même sur tous les compartiments du jeu. La plupart des golfeurs amateurs ont tendance à se lasser assez vite et rares sont ceux capables de rester plusieurs heures sur le putting green. Si certaines personnes autistes présentent des difficultés de coordination, l’apprentissage pourra commencer par le petit jeu avant de se confronter au grand jeu. 

Autre point remarquable des personnes autistes, elles ont une compréhension du jeu de golf épurée de toutes embrouilles cérébrales : la balle doit aller dans le trou avec le moins de coup possible. Sur le green aucune ambivalence, la balle doit boucher le trou (particularités que l’on trouve chez certains enfants autistes dans leur rapport au trou avec l’impératif qu’ils ont de le boucher). La différence autistique appréciera les nombreuses règles, et selon leur singularité autistique, ils apprécieront la balle qui tourne, le calme de l’espace et son cadre délimités par des bords dessinés (fairway, rough, bunker…). 

Il demeure néanmoins un point particulièrement sensible. Les autistes golfeurs font part de leur difficulté de jouer avec les autres. Le golf est un jeu profondément solitaire et le lien social n’est établi que si on le souhaite. Avec la pratique, ils arrivent à jouer des parties partagées et la compétition peut s’ouvrir à eux. Si bien que les personnes autistes pourront alors si elles le souhaitent atteindre les plus hauts niveaux à l’image notamment de Thomas Colombel, membre de l’équipe de France handigolf qui rejoint le challenge tour à compter de Septembre 2023.

Le golf requiert une technique millimétrée, et la coordination indispensable, si cet aspect peut s’avérer un obstacle, il n’est pas pour autant rédhibitoire car on observe chez certains enfants une compréhension du processus logique du swing assez étonnante. L’enseignant devra cependant se saisir de leur logique pour faire produire ce mouvement dans l’espace. 

Quant à l’aspect « mental » nous pourrions penser que le golf est difficile pour un autiste, il s’agit sur ce point d’une vision erronée. Thomas Colombel évoque certes les difficultés qu’il a dû surmonter sur le plan émotionnel, mais son travail et cette particularité autistique lui ont permis de produire une sorte d’isolement de ses émotions sous pression : les émotions appartiennent au champ de l’imaginaire et non à celui de la réalité. La réalité est la stratégie de jeu, faire le coup qu’il a décidé de réaliser, rentrer la balle dans le trou et ainsi de suite jusqu’à la toute fin de la partie. 

Amateurs et professionnels, nous avons beaucoup à apprendre des personnes autistes qui pratiquent le golf, les entendre en parler nous ramène à l’essence même de notre sport dont la pratique est particulièrement adaptée aux profils autistiques car il requiert des qualités qui correspondent à leurs spécificités :

– nécessité de mise en œuvre de routines précises, systématiques et répétitives 

– cible et objectif uniques qui canalisent la concentration,

– mobilisation de la motricité de manière régulée

– nécessité de reproduction parfaite et régulière des gestes

– respect des règles (étiquette) et de l’adversaire

Texte Sandrine Vialle-Lenoel et Frédéric Poitou